09.12.07
Histoire d’être citoyen
Histoire d’être citoyen
Recueil de témoignages liés aux mouvements sociaux de Janvier-Avril 2006 (dits Anti-CPE)
Toute ressemblance avec des personnes réelles ou des situations vécues serait purement fondée et parfois reproductible.
J : Ce texte est basé sur deux intentions : ne pas oublier une période qui, au-delà de la nostalgie (touchante mais pathétique) et des critiques (trop peu souvent constructives) qu’elle doit susciter, échappe de plus en plus à la mémoire et à la société, une période qui s’émousse et rend insensible beaucoup à une révolte justifiée aujourd’hui plus encore qu’hier.
Car une révolte sociale, malgré les répercussions qu’elle peut avoir reste une révolution sociale inachevée. Même les plus enthousiastes des mobilisés, quand la lutte retombe, méprisent plus ou moins le mouvement qui s’est déroulé.
Il s’agit de ne pas oublier pour quoi il fallait lutter et pourquoi il le faudra. Ce qui a pu être fait implique qu’on peut faire plus ;
l’autre intention est la réappropriation d’un discours qui ne peut pas être écrit mais qu’on a tenté d’interpréter faussement, de manipuler avec sénilité (que les politiques et les médias ne se sentent pas visés, ils sont déjà touchés par la Blase générale).
Ce discours n’existe pas, il est pluriel ;
tous ceux qui ont lutté les mois passés ne sont pas d’accord sur une vision de ce qui s’est passé, et ne le veulent pas, sauf ceux qui se poseraient en leaders donc en traîtres. Certains se détestent, il y a des cons partout et c’est souvent l’autre, ne soyons pas hypocrites
. Aussi la réappropriation passe-t-elle par une tentative partielle de faire s’exprimer des acteurs de ce mouvement social, sans filtrer leurs propos, pour en rendre au moins la pluralité des voix et pour l’abstraire de l’influence des spécialistes, de ceux qui nous expliquent comment expliquer sans comprendre, des médias et de ceux qui y ont facilement accès.
Ce que chacun a exprimé dans ces lignes ne l’aurait sûrement pas exprimé ainsi, aurait pensé à telle chose de façon complètement différente, aurait dit autre chose si j’avais demandé des souvenirs à un moment autre que celui auquel je l’ai fait. C’est vrai dans l’absolu et ça l’est plus encore quand il s’agit d’un mouvement social. Car, quand il s’agit de repenser la société en dehors des règles actuelles dominantes, l’affaire est tellement vaste qu’il est stalinien de ne jamais être en désaccord avec ce qu’on a pu penser ou décider à un autre moment.
Je revendique ce recueil de paroles et de mémoires comme une lutte contre la pensée, l’interprétation Unique qu’on nous propose comme venant de nous, qu’on dispose en nous comme une publicité, qu’on transpose partout là où quelqu’un pourrait se dire que Nous allons dans le mur, qu’on suppose socialement souhaitable, aussi universel que le désir du pouvoir, mais qui reste imposable sur notre liberté de penser-exister-décider.
La seule structure adoptée dans ce texte est la chronologie de la prise de note (de fin mars au début juin 2006). Les majuscules renvoient aux prénoms des mobilisés pour ceux que j’ai retrouvé ou pensé à noter, ou aux noms d’autres personnes. En aucun cas ces témoignages ne peuvent constituer des preuves contre des mobilisé-es inculpé-es, leur véridicité n’étant affirmée que par l’auteur.
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“[…] et s’il y a beaucoup d’hommes aujourd’hui, qui, dans le secret de leur cœur, maudissent la violence et la tuerie, il n’y en a pas beaucoup qui veuillent reconnaître que cela les force à reconsidérer leur pensée ou leur action. Pour ceux qui voudront faire cet effort cependant, ils y trouveront une espérance raisonnable et la règle d’une action.
Ils admettront qu’ils n’ont pas grand-chose à attendre des gouvernements actuels, puisque ceux-ci vivent et agissent selon des principes meurtriers. Le seul espoir réside dans la plus grande peine, celle qui consiste à reprendre les choses à leur début pour refaire une société vivante à l’intérieur d’une société condamnée.”
Albert Camus, Actuelles (1944-48)
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