09.11.07

L’esclave nietzschéen

Publié dans Camus, Commentaire, Comparatisme, Littérature, Nietzsche, Philosophie à 8:15 par sagrav

Cette étude-débat traitant de la place que tient Nietzsche chez Camus part de la lecture d’un travail de William E. Duvall, du Département d’histoire de Willamette University à Salem,USA :

Camus reading Nietzsche : Rebellion, memory and art (1999)

dont les passages sont en italique. Ce travail concerne plus précisément L’homme révolté (L’HR). La pagination américaine n’ayant rien à voir avec la française, je ne me suis pas amusé à relire l’œuvre en entier pour retrouver toutes les citations originales.

Comme pour tout travail comparatistes visant à démêler les champs communs, comparaisons et différences, à réfléchir sur des questions dépassant les deux termes de la comparaison, le danger premier est la superposition, la combinatoire trop poussée des différents éléments.

Et l’étude de Duvall, en dépit de sa qualité, ne déroge pas à la règle.

Peut-être l’une des explications vient-elle de la langue elle-même : en anglais, Rebellion ne fait pas la différence entre « révolte » (se retourner, faire face, interne), et « rébellion » (plus belliqueux, externe).

Camus devient un peu trop le gentil moraliste qui tenterait de dompter Nietzsche le dévoreur. J’ai donc adapté régulièrement la syntaxe pour ajouter quelques pistes et ramifications (toujours en italique), supprimé plusieurs éléments inintéressants ou artificiellement gonflés tout en en conservant certains ainsi que le début pour garder sensible l’approche entière de l’auteur. La division en trois parties, correspond à celle établie par Duvall, un titre indicatif ayant été ajoutée pour chacune.

***

 

Intro

 

Après celle de Descartes, la seconde citation de l’introduction « L’absurde et le meurtre » est de Nietzsche :

« Les grands aventuriers de l’absurde ne nous ont pas manqué. Mais finalement, leur grandeur se mesure à ce qu’ils aient refusé les complaisances de l’absurde pour n’en conserver que les exigences. Ils détruisent pour le plus, non pour le moins. « Ceux-là sont mes ennemis, dit Nietzsche qui veulent renverser, et non pas se créer eux-mêmes ». Lui renverse, mais pour tenter de créer. Et il exalte la probité, fustigeant les jouisseurs « au groin de porc » ».

 

De même, Camus conclut son essai par une métaphore que Nietzsche emploie souvent, celle de l’arc et de l’archer, la corde tirée contre soi, tendue, prête à projeter une droite flèche, « du trait le plus dur et le plus libre » Camus y voit un symbole approprié de la « plus haute tension », de la créativité et de la liberté qui caractérise la position de l’homme révolté.

La présence de Nietzsche est dans tout le livre (exagéré), pas seulement dans le chapitre bancal et ambigu qui lui est consacré. Camus le mentionne fréquemment et emploie à plusieurs reprises le concept de volonté de puissance (8 occurrences). Cette thèse a pour but de démontrer que les définitions de révolte et de révolution chez Camus sont structurées en rapport à la pensée de Nietzsche et qu’en même temps elles répondent, résistent à, rejettent le philosophe allemand. (…) Pour Camus, la clé d’une révolte saine est la mémoire. C’est cette préoccupation, liée à la révolte et à sa réflexion sur l’histoire, l’art et Nietzsche qui seront étudiées plus en profondeur.

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