09.10.07

Une présentation relationiste d’Héraclite

Publié dans Héraclite, Philosophie, Présentation à 5:07 par sagrav

VI A l’écoute du Logos diffus

Avant (pas bon)rex
Après (bon !)chien grammo
Logos

La plus haute excellence consiste à se maîtriser, et le savoir à dire des choses vraies et à agir selon la nature, en l’écoutant.

Si Héraclite est probablement le premier à employer le terme de “philosophie” (reformulée par Platon), il est aussi celui qui donne le plus de richesse sémantique au terme de Logos. Il faut donc souvent considérer le contexte dans lequel se trouve le terme pour déterminer quel usage plutôt qu’un autre. Il désigne le projet de connaître, la possibilité de comprendre, son moyen, son discours, voire l’objet de connaissance, etc…
Il est un sens qui nous est transcendant, une signification qui nous est immanente. En somme, le Logos est toujours « en situation ».

Par la suite, la rhétorique, alors non encore amputée et tentant de se substituer à la philosophie, le sens de Logos s’est résumé au discours, à la logique, à la raison, comme pendant positif du mythe avant qu’on ne le déterre à partir du XVII ème.

Chez Héraclite, le Logos se trouve à la croisée de 2 propositions :
1 – l’unité du multiple et le changement perpétuel.
2 – la possibilité de connaître la réalité une et changeante que nomme le Logos.

Si ce n’est pas moi mais le Logos que vous écoutez, il est sage de reconnaître que tout est un.

En premier lieu, le Logos est le discours dont “l’écoute” permet de comprendre la réalité, et qui manque à chacun. Héraclite se pose comme celui qui connaît le rythme auquel bat le kosmos, comme métronome (metron : mesure/ nomos : loi).
Car il y a clairement une dimension musicale avant l’heure. Nietzsche n’a certainement pas tort de dire que sans musique, la vie serait une erreur.

La plupart des hommes ne réfléchissent pas aux choses telles qu’ils les rencontrent, pas plus qu’ils ne les connaissent lorsqu’on les leur a enseignées ; mais ils se l’imaginent.

Ainsi Héraclite s’en prend violemment à l’ignorance des hommes car toutes choses s’offrent à la perception. Mais il font un mauvais usage de leur sens, seule source de connaissance. Ils suivent leur sensation sans raison. C’est de leur jugement erronée et non d’une inaccessibilité prétendue à la connaissance que s’explique leur compréhension faussée.
Dans cette unique exigence se trouve condensée le rapport entre épistémologie et éthique chez lui.
Qu’on pense aux divisions des stoïciens et des épicuriens entre désir, besoin, naturel, non naturel. Qu’on pense au rôle de l’empirisme dans la science.
- Qu’est-ce que la perception :
elle a lieu quand des états semblables du feu se rencontrent. Elle est la rencontre de mouvements ou d’états semblables.

Pour E. Hussey, dans l’épistémologie héraclitéenne, « nous devons nous “chercher nous-mêmes” et construire une phénoménologie de notre propre expérience interne. »
Quand on pense au rôle de la mémoire dans tout ceci, on se rapproche du projet qui sera celui de Bergson.

Intervalle en mesure

Cette dimension musicale évoquée dans le paragraphe précédent est à comprendre dans un cadre mathématique. En effet, les écrits théoriques sur la musique se résumaient surtout à l’école de Pythagore, dont Héraclite à lu les travaux.
Les pythagoriciens représentaient les nombres par division du cercle, et pas seulement comme une collection en graduant une droite. Le nombre était donc aussi figure.
L’individualité, la personnalité du nombre pythagoricien exprime les relations de la partie et du tout au sein d’une harmonie.
En ce sens, le nombre traduit un intervalle ontologique.

Héraclite réemploie ces considérations. Les contraires sont des intervalles réels.
Si le changement excède ces intervalles, la nature de la chose est corrompue. Ainsi que le cadre d’explication.

Ordre, Unité et Loi

Ceux qui parlent de façon réfléchie doivent nécessairement s’appuyer sur ce qui est commun à tous, tout comme une cité s’appuie sur sa loi, et le fait plus fermement.

Sur les plans politiques et éthiques, l’ordre du monde des humains suit celui de la nature.
Héraclite est l’un des premiers à soutenir rationnellement que le gouvernement des hommes doit être fondé sur l’ordre rationnel et divin du monde : encore une fois, au sens de ce qui ordonne et mesure une diversité changeante.
Ainsi, le projet héraclitéen est à la fois une physique, une éthique et une politique avec comme leitmotiv la conduite de l’existence..

Il fonde une analogie entre la loi cosmologique et la démocratie, le tout étant un. C’est la loi singulière qui prédomine sur les décisions collectives.

Critique de la superstition religieuse et de l’érudition

Ils cherchent en vain à se purifier avec le sang dont ils sont souillés, comme si on cherchait à se laver avec de la boue après avoir marché dans la boue. […]
Ils font des prières aux statues qu’ils possèdent, comme si l’on faisait la conversation à des maisons.

A la suite de Xénophane et des savants milésiens se heurtant à la religion traditionnelle (basée sur la mythologie homérique et la cosmogonie homérique), il dénonce la représentation anthropomorphique des dieux et les savants poètes. Dès lors la philosophie se bâtira au dépend de la mythologie poétique. Du Mythos au Logos.
Dans cette rationalisation, Héraclite demande que l’on reconnaissance comme divine la seule perfection de l’ordre harmonieux de toutes choses. Il raillera à la Montesquieu toutes les coutumes religieuses et culturelles exprimant pour lui l’ignorance des hommes à l’égard de la nature des choses. Pour cela aussi, il est nommé “le solitaire”.
Enfin, à l’écoute et à la compréhension du Logos, Héraclite oppose la polymathie, l’érudition en tant que connaissance partielles et accumulation. Cette écoute implique de réinsérer une pensée dans un tout, en commençant par se chercher soi-même. De la conduite de notre existence, de la connaissance de soi dépendent la perception et la compréhension que nous pouvons avoir de toutes choses.

Quelques divagations sur la conduite de l’existence

Une phrase de Jean Brun exprime une vision « cardiaque » du Logos :
« Le Logos se situe au cœur de la déchirure par laquelle l’homme est écarté entre l’être manquant et l’existence qui le constitue ; la condition de celui-ci ne peut donc être que tragique. »
Notre complétude formerait le lien de notre existence/essence par les contours de sa saisie absente.
Toujours sur son chemin en devenir. Jamais atteint en être.

En ce sens, « celui qui oublie le chemin » est-il celui qui opère l’oubli de l’être pour ne plus ressaisir que l’étant ?
Mais c’est bien dans l’accidentel (l’existentiel, l’environnemental) que devient, s’oublie, redevient l’essentiel. L’être dans sa connaissance, et en tant que présence non thétique, n’est alors pas manquant mais fugace dans sa réflexivité, dans son ipséité.
Ici encore, on est à la frontière d’un logos héraclitéen fantasmé qui ferait révéler l’absent comme présent, l’invisible comme visible, la présence comme conceptuelle avant l’heure.

Il est difficile de combattre l’ardeur, elle l’emporte au prix de l’âme.

On peut parler d’une économie dynamique fonctionnant comme différenciation des facultés ou des états psychologiques. Or la bonne mesure est tempérance et refus de l’hédonisme : il faut craindre la démesure encore plus que l’incendie. La complaisance bien plus que l’ardeur. Héraclite exprime le fait qu’il n’est pas bon d’obtenir tout ce qu’on désire. Ce n’est pas tant la satisfaction que la curiosité qui doit guider une existence.
De même, le fait qu’Il ne faut pas être comme les fils de nos parents signifie qu’il s’agit plutôt de chercher la vie, et dans la vie, la sagesse, plutôt que d’aboutir à la transmission de l’échec et la mort.
Il ne faut pas non plus être comme les parents de nos fils.

 

Jorge Fins

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