09.10.07
Une présentation relationiste d’Héraclite
V Transformation cyclique des éléments
Ce monde-ci a toujours été et il est et il sera un feu toujours vivant, s’alimentant avec mesure et s’éteignant avec mesure.
Le feu est l’élément unique à partir duquel se forme l’air, la terre et l’eau.
Il s’inscrit dans une physique matérialiste, mais pas au sens moderne évidemment. Au sens où tout est matière, toute matière est feu, tout état de la matière est composé différemment de feu.
Ainsi, comme pour les autres matérialistes anciens, l’âme est un corps différent du corps. Pour Héraclite, même l’âme, exhalaison entre feu et eau, est mortelle. L’âme est de bonne qualité quand elle est ignée ou sèche, et devient mauvaise quand elle s’humidifie.
Il faut lier tout ceci à la proposition mobiliste : le même élément se transforme toujours, perdurant toujours.
Le feu désigne 3 choses selon les citations que la postérité a émises :
1 – l’élément premier.
2 - Le monde dans son ensemble.
3 – un dieu agissant et rationnel.
Les 2 premières sont clairement attestées. La dernière, seulement attestée par des stoïciens et des chrétiens, ne l’est pas. Si il y a bien du divin chez Héraclite, il réside dans la transformation harmonieuse du feu.
Les transformations sont cycliques :
mer →terre →feu →air →terre →mer
Il y a un schéma ascendant et un autre descendant :
- - Processus d’embrasement : terre → eau → souffle brûlant → (engendre la masse élémentaire)
- - Processus de refroidissement : souffle brûlant → eau → terre
Néanmoins il ne faut voir dans ceci que les principes d’une cosmologie, d’ailleurs grandement inspirée des ses concitoyens physiologues milésiens et de Thalès (qui lui part de l’eau). Pour eux la science doit être conçue dans son universalité et l’explication mythique doit être remplacée par une autre, physique.
Le Feu est partiellement synonyme du Logos, de l’harmonie, du conflit, du divin, de l’un et de la sagesse.
Partiellement car les stoïciens ont participé à exagérer ces équivalences qui ne sont pas toujours applicables (en particulier entre feu et Logos, les processus physiques évoqués demeurant matériels même s’il s’agissait peut-être pour Héraclite de justifier d’autres pans de son oeuvre). Mais c’est à la base souvent la même sorte d’intuition centrale qui s’applique dans chaque domaine.
Le feu se repose dans le changement .
Selon Jean Brun, cette phrase signifie que « les choses s’essaient à une sorte de plénitude qui leur échappe et que leurs tentatives successives constituent précisément ce devenir qui se déploit au cœur même de l’être. »
On trouve donc l’idée d’une économie ontologique en travail avec le monde. D’ailleurs la proportion de feu est toujours conservée dans l’ensemble, entre éléments. Ainsi, c’est une partie du feu se transformant qui apparaît comme un autre élément.
Le feu est satiété et disette. La disette, c’est l’organisation du monde selon la loi, mais l’embrasement du monde est satiété.

