09.10.07
Une présentation relationiste d’Héraclite
IV Le devenir (partie…en devenir )
- L’écoulement
Toutes choses s’écoulent toujours
Commençons par détruire une idée reçue au sujet d’Héraclite :
pour lui, le monde n’est pas un fleuve. Il n’a pas non plus, à proprement parlé, établi une philosophie des flux au sens moderne. Bien que ce soit certainement l’une des façons les plus intéressantes de penser avec lui.
D’autre part, l’élément-principe héraclitéen est le feu. Il ne faut donc pas penser l’écoulement sur le mode physique mais sur celui ontologique.
Le fleuve, le flux est donc seulement la métaphore privilégièe par Héraclite car elle illustre à la fois le changement, le mouvement, la course du temps, l’être dans l’impermanence et le contact fugitif avec le devenir.
- Le mobilisme universel
Tout se meut
Il est universel ET éternel. Tout s’écoule « et rien ne demeure. »
Dans le Timée, Platon s’inspirant d’Héraclite écrit « le temps est l’image mobile de l’éternité immobile. »
Mais Platon est un couillon. Le mouvement héraclitéen sert de fond apparent pour établir un constat parménidien.
En un sens, Platon parle le langage d’Héraclite comme si Mouvement = chaos de la contrariété dissimulant, esquissant l’harmonie intelligible de l’éternité. Le mobilisme n’est alors plus éternel mais sensible.Si on peut dire, Platon saute à pied joint dans le fragment «L’harmonie invisible est supérieure à l’apparente».
En revanche, il souligne ainsi qu’Héraclite exprime un devenir à comprendre du point de vue de la pensée, et pas seulement temporel.
Le temps destructeur est négatif ET créatif.
Aristote, n’aimant décidément pas Héraclite, se fait une joie de réfuter la thèse mobiliste.
Etre et Devenir
Pour faire le lien avec la théorie de la contrariété, l’opposition des contraires est à la fois condition du devenir des choses et, simultanément, principe et loi. Le devenir est le champ, la perspective où s’affrontent les contraires.
On ne saurait entrer deux fois dans le même fleuve
le fleuve diffère de lui-même sans pour autant devenir autre chose que lui-même.
Il revient, il redevient c’est une même nature qui perdure.
L’ontologie héraclitéenne repose sur le fait qu’une identité à soi supporte l’épreuve du changement perpétuel.
Plus encore, ce fragment exprime l’idée d’une rencontre, d’une friction. Il y a 2 mouvements, 2 changements. Celui du baigneur et celui du fleuve qui se croisent. Une autre rencontre avec le même fleuve est un croisement différent. Mais il y a aussi du même.
Il faut imaginer 2 spirales tournantes et en extension côte à côte, par exemple.
Hegel et Nietzsche ont fait d’Héraclite un précurseur pour avoir proclamé qu’il n’y a d’être que du devenir. Il implique une sorte de synthèse de l’affirmation et de la négation. Mais alors synthèse mouvante.
Hegel y verra une confirmation de la dialectique à l’œuvre dans le monde (le Logos se fait Esprit), tandis que Nietzsche évoquera un conflit psychologique et ontologique entre forces actives et réactives dans laquelle il s’agit d’établir un équilibre du devenir par une tension : volonté de devenir toujours plus.
Néanmoins, il faut se défaire d’une conception judéo-chrétienne du temps.
Il ne s’agit pas d’un pur devenir linéaire qui serait une négation absolue de l’Etre.
Pour les grecs anciens, le temps est cyclique, et généralement l’être, au centre, est enfermé dans le devenir.
Ecume éjectée du devenir contre les roches escarpées du temps.
Pour Héraclite, le devenir se déroule à l’intérieur d’un cercle mais ce cercle n’est pas répétition. Il est différence dans le même.
Il faut plutôt imaginer un accélérateur de particules qu’un anneau encerclant, fini.
C’est un devenir DANS l’être, et non pas un devenir de l’être. C’est toujours à l’intérieur du Même que s’opèrent les changements.Il y a un cycle du devenir qu’Héraclite justifie physiquement par la transformation des éléments.
Il s’agit plus d’une philosophie du revenir que du devenir. Surtout comprendre ce qui est, ce qui peut être antérieurement, postérieurement, actuellement et virtuellement plus que se préoccuper directement de ce qui adviendra. reconstruction plus que projection.
Savoir où mène le chemin et non ce qui s’y accomplira. Il est surtout question de l’existence même.
Métempsychose et précognition sont les 2 fantasmes extrêmes de l’héracliteux.
Ainsi Marc-Aurèle, notant une expression d’Héraclite, écrit « il faut aussi se rappeler l’homme qui oublie le chemin. » S’en rappeller et se frayer son chemin.
D’autre part, dans le cours du devenir frétille le Logos qui oriente le kosmos.
La sagesse ne consiste qu’en une chose : reconnaître qu’une pensée gouverne tout à travers toutes choses.

