09.10.07

Une présentation relationiste d’Héraclite

Publié dans Héraclite, Philosophie, Présentation à 5:07 par sagrav

I Héraclite en son époque

Héraclite appartenait à l’aristocratie d’Ephèse, cité ionienne située entre la Grèce continentale à l’ouest et l’Asie Mineure à l’est. Membre de la famille royale, il délaissa une charge religieuse auquel son statut lui permettait d’accéder.
De son vivant, la cité a changé de régime pour adopter une constitution démocratique. Héraclite demeura opposé à ce régime, en particulier pour avoir exiler son ami Hermodore, ainsi que pour ses choix diplomatiques et militaires à l’égard de la Perse.
Considérant ces concitoyens imbus de leur ignorance, incapables de se réformer, il s’en remet aux aristoi (aux meilleurs).

Selon Plotin, il enseignait au moyen d’images et de sentences énigmatiques afin de faire chercher par soi-même, ce qui nécessitait un travail d’interprétation qui n’est pas sans rappeler les koans, par exemple. Cette méthode n’a probablement pas connu d’antécédent en Grèce auparavant.
Il se méfiait de l’accumulation des connaissances érudites, détestait la polymathie.
Ecrivant en prose rythmée en dialecte ionien, son oeuvre recherche une dimension poétique. Ses formules fonctionnent comme des énigmes ouvertes, utilisent le style des oracles. Il emploie souvent des structures en parallèle, des comparaisons, des métaphores, des chiasmes, etc.…
Selon Mouraviev sa poétique repose sur le fait de « convaincre de la justesse de sa vision du monde en la simulant dans la matière même du verbe ».

Il aurait écrit un livre (Sur la Nature ou Les Muses). Si c’est le cas, celui-ci possède dès l’origine une structure compilatrice et fragmentaire, qui se différencie de la composition.
Pour ces différents points, Héraclite fut surnommé l’Obscur ou l’énigmatique.
On lui reprocha son absence de rigueur pédagogique et sa distance à l’égard de la vie en communauté.

Avant que Diogène ne soit passé par là, Héraclite était déjà devenu la figure de l’ermite. La tradition l’a représenté comme triste, misanthrope et fataliste.Plusieurs auteurs évoquent le couple des marginaux Héraclite le pleureur et Démocrite le rieur.

Platon et Le clash Héraclite/Parménide

On évoque souvent les débats qui firent date dans l’histoire de la philosophie.
Le premier, inaugural, fut certainement mathématique, entre Thalès, Pythagore puis Euclide.
Le second est ontologique et repose sur la confrontation entre le mobilisme et le devenir héraclitéen et l’être parménidien.

Ce sont 2 dispositions cosmologiques, 2 façons de penser l’être opposées.
Héraclite, suivant une vision remontant à Homère, pose le mouvement total de toutes choses quand Parménide, fondant l’école éléatique, part de l’immobilité de ce qui est pour soutenir le principe de non-contradiction.

En fait, ce moment philosophique a été “consolidé” par Platon dans le Théétète (179d-183c). Sa lecture sera reprise par toute la tradition. Ainsi Platon est considéré, et s’est fait considéré, comme celui qui fit la synthèse des présocratiques, en particulier d’Héraclite pour le sensible (comme changement absolu et perpétuel), de Pythagore pour l’intelligible et de Socrate pour le politique. Le devenir est confiné au monde sensible. C’est l’éternalisme parménidien qui prédomine avec le monde intelligible où réside les mesures immuables de ce qui s’écoule.
On retrouve les thèses héraclitéennes discutées aussi dans L’Hippias majeur et le Cratyle

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